Christian Sanna : Lettres à Embona

fondation h - Paris
DU 02 décembre 2020 au 23 janvier 2021

Photographe Malgache-Italien, Christian Sanna est né en 1989. Originaire de Nosy Be, île du Nord de Madagascar, l’artiste vit et travaille aujourd’hui à Paris. Dans cette série, Lettres à Embona, débutée en 2013 et toujours en cours, intégralement photographiée dans la région de Nosy Be, Christian Sanna privilégie une écriture émotionnelle, éloignée de l’approche documentaire de ses premiers sujets sur Madagascar. Les photographies argentiques qui composent Lettres à Embona, par leur dimension intime, constituent le premier chapitre d’une réflexion personnelle sur Nosy Be. Le deuxième volet de Lettres à Embona sera présenté en février 2021 à Antananarivo, dans l’autre espace d’exposition de la Fondation H.

Vue de l’exposition Lettres à Embona de Christian Sanna à la Fondation H à Paris

 

“Bonjour vazaha”. Mots de mes premières conversations. À l’aéroport, dans les rues de mon quotidien à Madagascar. “Bonjour vazaha”, pour souligner mon altérité, pour marquer ma double identité. Je suis souvent pour l’autre un vazaha, moi à qui ces mots sont étrangers, qui parlent de quelque chose que je ne suis pas.

Je suis métisse, ma mère est Malgache-Anglaise et mon père Italien. Dès mon enfance j’ai ressenti cette fracture identitaire, source perpétuelle de conflits et de questionnements. En découle très tôt le besoin de quitter Nosy Be, où ma famille s’est installée juste après ma naissance, et plus tard de quitter Madagascar pour aller vivre et étudier en France. J’espérais que l’éloignement tairait mes identités plurielles, mais le mal-être s’est installé. Exilé volontaire, me voilà déraciné. Nostalgie amère.

Je suis alors revenu, peu à peu, à travers plusieurs voyages, avec la photographie et l’art comme compagnons. De ces séjours naissent des images, instants découpés dans le réel, guidées par des émotions qui refont surface, des sentiments et des souvenirs de mon passé. A Madagascar, Embona est le mot de la nostalgie et de la réminiscence. Cette série, Lettres à Embona, s’adresse à elles.

Ces lettres sont une correspondance épistolaire à sens unique. J’y raconte mon passé, mêlant visages et paysages, essayant de faire surgir une mémoire et des émotions fragiles en prise avec le temps. Ces images ne sont pas mises en scène, elles sont prises sur le vif, reflets de sentiments et d’incarnations qui résonnent en moi, telles des bribes d’autobiographie éparses et disséminées sur ce territoire qui m’est devenu étranger. Dans cette conversation encore timide, Embona est la destinataire de mes sentiments contradictoires, mêlant tristesse, nostalgie, colère et attachement.

Les photographies présentées dans cette exposition prennent ainsi corps, comme autant de personnes qui auraient croisé ma route à chacun de mes voyages. Posés au sol, les bouts d’essais photographiques soulignent les multiples tentatives d’écrire mes émotions dans la chambre noire, autant de lettres détruites avant d’enfin trouver les mots justes. La vidéo présentée au sous-sol a été pensée pour cette exposition en collaboration avec Romain Barbot. En donnant vie à un personnage, cette vidéo propose une rencontre avec la sensation d’Embona, à travers quelques secondes revécues à l’infini.

Christian Sanna, Paris, novembre 2020

 

Vue de l’exposition Lettres à Embona de Christian Sanna à la Fondation H à Paris